7 mai 2013, Didier Ratsiraka est l’invité de TV Plus Madagascar à l’occasion d’une émission spéciale consacrée aux affaires de la Nation, qui s’enlise dans une crise socio-politique interminable ! L’ancien chef d’État livre son analyse et démontre que les origines de la gabegie – que le peuple malgache subit sévèrement – remontent à 2002, l’année d’un second exil pour le Président malgache et sa famille.

C’était la première occasion après près de dix ans d’absence au pays pour Didier Ratsiraka de s’adresser à son peuple pour dresser un tableau de la situation, mais aussi de sa situation, politique. En une heure et demie, il a plus que ravivé des souvenirs, il a suscité la nostalgie, chez les téléspectateurs qui ont alors eu toutes les peines du monde à cacher leur regret de ne pas avoir fait confiance à une telle personnalité dont la générosité et le dévouement pour son peuple et son pays sont restés intactes. Un patriotisme qui remonte au temps de son enfance, quand à 11 ans, il s’est révolté contre un caporal français qui malmenait son père lors des événements nationalistes de 1947.

Origines familiales

Didier Ignace Ratsiraka est né le 4 novembre 1936 à Vatomandry sur la côte Est de Madagascar, dans la province de Toamasina, la région d'origine de ses parents, qui appartenaient à l'ethnie Betsimisaraka. Son père et sa mère sont tous deux natifs de Mahanoro, Albert Ratsiraka est de la région de Betsizaraina du village de Niarovan’Ivolo et Marcelline Vanona du village de Tsangambato. Son père Albert Ratsiraka, écrivain interprète de l’administration coloniale, avait été élevé par son oncle maternel Martel Razanaka, chef de la rébellion de la Région Mahanoro/Mananjary en 1947, qui prit en charge toute sa scolarité. Didier Ratsiraka est aussi de par sa mère un héritier politique de son grand père Alphonse Philippe (dit Rafilipo), Gouverneur de Vatomandry.

Didier Ratsiraka est le puîné de dix enfants. Il s’est marié avec Céline Velonjara en décembre 1963. La cérémonie religieuse a été célébrée à l’église catholique d’Ambatonilita, d’Antananarivo, sous l’office d’un jeune prêtre qui sera créé Cardinal par le Pape Jean Paul II, Monseigneur Armand Gaëtan Razafindratandra. Leur repas de noce a été honoré par le couple présidentiel Monsieur et Madame Philibert Tsiranana ainsi que plusieurs ministres. Le Président du Sénat, feu Monsieur Jules Ravony, était le témoin de la mariée. Ainsi, donc en se mariant avec la fille du Député de Tamatave Pascal Velonjara, sa destinée politique était peut-être déjà tracée. Cette union vit la naissance de trois filles : Olga, Sophie, Annick et d’un garçon, Xavier puis de cinq petits enfants (Quatre garçons et une fille).

Formations et études

Didier Ratsiraka fut un élève brillant : après avoir suivi ses études dans une école publique élémentaire à Moramanga, il poursuit ce même cycle à l’école des sœurs à Ambatondrazaka et enchaîne plus tard son parcours scolaire à l’école St Joseph « Frères des écoles chrétiennes » à Toamasina. Quelques années plus tard, il entame son cycle secondaire au collège St Michel Amparibe à Antananarivo, jusqu’en classe de première. Au mois de février 1955, il est en partance pour la France à bord du bateau « Pierre Loti », et débarque à Marseille 25 jours plus tard. Ses parents ont financé ses études en contractant un emprunt auprès d’un ami boucher à défaut de nationalité française. Didier Ratsiraka obtient son Baccalauréat 1ère partie quelques mois après son arrivée en juin de cette même année, au Lycée de Montgeron (annexe Henri-IV), en France. Puis, il est admis en terminale puis en classe préparatoire scientifique, série Mathématiques élémentaires modernes, au Lycée Henri-IV avant d’accéder à la filière Mathématiques supérieures et Mathématiques spéciales d’où il choisit la voie militaire. Il est admis à l'École Navale de Lanvéoc Poulmic de Brest Finistère. Second de sa promotion en 1960, il décroche le diplôme d’Ingénieur de l’École Navale et devient Officier de Pont.

En 1965, il poursuit ses études à l’École des Officiers de Transmission électronique (Bormettes, Toulon) d’où il obtient le diplôme d’Ingénieur Breveté des Transmissions. Cinq années plus tard, en 1970, il intègre « l’École Supérieure de guerre navale » à Paris (1970 à 1972) et y décroche son diplôme avec les honneurs. Il profitera de son séjour parisien pour compléter son cursus à la Sorbonne dans la filière Droit, Économie politique et Institutions financières internationales.

L'homme est aussi un sportif

Didier Ratsiraka manie aussi bien les maths que le ballon. Il s'est distingué en marquant des buts improbables au sein de son club de football le Fortior Club de la Côte Est (FCE). Il pratique aussi le jogging, le Jiu-Jitsu, le tennis de table, la natation....

Il est réputé pour être un excellent partenaire à la belotte, et s’adonne aussi à quelques jeux de société, les dominos, le jeu d'échec…Sans être un grand virtuose, les membres de sa famille parlent de Didier Ratsiraka comme un bon guitariste et un joueur d'harmonica stylé. La lecture est plus qu’un passe-temps pour Didier Ratsiraka, c’est toute une culture.

Activités professionnelles

En 1960, Didier Ratsiraka est reçu à l’école Navale et embarque sur le Navire école « La Jeanne d'Arc » en 1962. À l'occasion de ce voyage de fin de cycle, il visite plusieurs ports et pays importants comme Hong-Kong, Panama et Pearl Harbour. En juillet 1963, il retourne au pays et exerce à Antsiranana sous le grade d'enseigne de vaisseau 2e classe (sous-lieutenant). Il est le premier Officier de marine dans l’armée navale malgache.

L’année 1964, il part en mission pour Mahajanga pour une durée de 8 mois. Il décide par la suite de suivre une formation à Toulon pendant 1 an et demi puis revient à Antsiranana et est nommé commandement du Tanamasoandro, un bâtiment franco-malgache, sous le grade d’officier en second. Par la suite, il prend successivement le commandement du Mailaka I, puis Mailaka II. Le Mailaka II de Didier Ratsiraka prend le dessus lors d’une simulation de guerre navale qui l’oppose à la « Jeanne d’Arc » et au « Victor Schuelcher » bâtiments de la France mouillant à Antsiranana.

Didier Ratsiraka est nommé attaché militaire à l’ambassade malgache à Paris (France) en 1970, la même année il entame des études à l’école Supérieure de guerre navale. Un cursus que Didier Ratsiraka qualifie de privilège pour connaître et vivre une des périodes les plus exaltantes de notre continent et du Tiers-monde en général. Didier Ratsiraka est rappelé d'urgence à Madagascar le 27 mai 1972, ou il est nommé ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa.

Le plus jeune membre du Gouvernement Ramanantsoa

Son entrée en politique se fait en tant que militaire. À la suite des événements estudiantins de mai 1972, le capitaine de corvette Didier Ratsiraka, seulement âgé de trente-six ans, devient ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Ramanantsoa, régime de transition en place de 1972 à 1975. À ce poste, il met un accent sur une politique d’ouverture internationale et il obtient le 4 juin 1973 un franc succès lors de la révision des Accords de coopération avec la France qui rétrocède à Madagascar l’entier exercice de sa souveraineté dans tous les domaines : qui comprend le départ des soldats français présents à Madagascar (évacuation de la base de Diégo-Suarez), sortie de la zone Franc, etc. La banque centrale de Madagascar voit ainsi le jour le 12 juin 1973. Il est le premier malgache à représenter Madagascar lors du sommet des pays non alignés à Alger en 1973. Son premier discours devant le concert des nations à l’ONU le 5 octobre 1972 dressera devant le monde entier la politique extérieure du Madagascar Indépendant, épris de liberté et de justice.

« Un pays fier de son passé, de ses coutumes, et de ses traditions ! Une nation travaillant dans l'exaltation de la lutte présente contre le sous-développement, l'injustice, et la pauvreté ! Un peuple, enfin, déterminé à affirmer son identité, sa personnalité et sa souveraineté face à l'avenir ! (Extrait de son discours à l’ONU 5 octobre 1972.)

Didier Ratsiraka est un vaillant défenseur de la souveraineté et de l’indépendance nationale. Il a toujours fait en sorte que celles-ci ne puissent être entravées. Entre 1972 et 1974, il multiplie les déplacements à l’étranger, qui lui permettent d’ailleurs de réintégrer Madagascar dans la grande famille de la communauté africaine, l’O.U.A ; ainsi qu’au sein du concert des Nations où il n’a de cesse de prêcher pour la cause des pays opprimés, contre l’apartheid, et toutes autres astreintes aux libertés et aux droits de l’homme. Il prône une politique de coopération tous azimuts, sous sa direction, la diplomatie malgache voit de nouveaux accords diplomatiques et partenariats avec une quinzaine de pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie. C’est à cette époque aussi que Madagascar rompt ses relations diplomatiques avec l’Afrique du Sud à cause de l’apartheid, Israël pour son non-respect de la résolution 242 du Conseil de Sécurité de 1967 et son occupation de la Palestine et Formose (Taiwan) qui a perdu son siège à l’ONU en 1971 au profit de la Chine… Face à tant de détermination et de volonté de s’affirmer une identité propre et indépendante, Didier Ratsiraka s'attire la méfiance de Jacques Foccart (Monsieur Françafrique) qui le surnomme "le Rusé" ou encore "le Caméléon". Il est alors considéré, avec le colonel Richard Ratsimandrava, comme de jeunes Ministres à forte personnalité et enclin à une révolution politique et sociale afin d'accélérer le développement de Madagascar.

Homme d’État et non de coup d’État

Suite à l’accueil triomphal que lui réservent spontanément des centaines de milliers de compatriotes à son retour à Madagascar après la signature des Accords de coopération, entre 1973 et 1975 il refuse à trois reprises le pouvoir car il considère chacune de ces propositions anticonstitutionnelle et proche de coups d’États.

Le 11 février 1975, juste après la mort tragique du Colonel Richard Ratsimandrava, Chef d’État et en même temps Chef du gouvernement, un Directoire militaire est mis en place et le Capitaine de Frégate Didier Ratsiraka est nommé parmi ses membres. Le 15 juin 1975, les officiers membres du Directoire militaire le désignaient par 16 voix sur 18, Président du Haut Conseil de la Révolution et en même temps Chef d’État. Mais il remet son mandat qui devait courir sur 5 ans en jeu, en soumettant son projet de Constitution et son programme à consultation nationale par voie référendaire...

Le 26 août 1975, il met en place la base de la fondation du mouvement Révolutionnaire et Socialiste Malgache, et le 21 décembre 1975, sont élus par référendum :

- La constitution de la Deuxième République ;
- Le « Livre Rouge » comme projet de société ;
- Le premier Président de la République Démocratique Malgache.

Le 30 décembre 1975, Le Capitaine de Frégate Didier Ratsiraka prête serment en sa qualité de Premier Président de la République Démocratique Malgache. Le 4 janvier 1976, il nomme Le Colonel Joël Rakotomalala en tant que Premier Ministre et chef du gouvernement. Le 19 mars 1976, le Président Didier Ratsiraka fonde le parti Avant Garde pour la Révolution Malgache (AREMA), dont il est le secrétaire général. Le Conseil Suprême de la Révolution qu’il préside voit le jour le 29 décembre 1976. Pour Didier Ratsiraka, l’unité nationale a été un préalable à toute action de développement. La réconciliation nationale de toutes les forces nationaliste s’impose dès sa prise de pouvoir pour mettre en œuvre sa politique de développement. Pour lui, il existe une corrélation étroite entre l’unité nationale et le développement. Et la révolution doit obéir à des principes directeurs très clairs :

- La répartition équitable des richesses et des revenus ;
- La répartition juste et égale de la culture et de l’éducation ;
- Le pouvoir aux producteurs.

L'instauration de la IIème République : le socialisme à la malgache

Le passage à la Deuxième République – cette fois-ci Démocratique – ouvre la voie à un véritable socialisme. Toutes les structures sont mises en place pour que l’État prenne en main l’appareil économique (Nationalisation, Coopérativisation de l’économie rurale, politique des grands travaux…). Une réorientation de l’économie qui a un objectif de développement qui va jusqu’à l’an 2000 et qui a pour base l’agriculture, le moteur de l’industrialisation. Didier Ratsiraka estime alors que « les pays qui seront en mesure de garantir à leur peuple une nourriture suffisante et adéquate, voire d’exporter un surplus de production, seront les véritables grandes puissances de l’an 2000… ».

Contrairement à bien des pays africains de l'époque, Madagascar n'applique pas un système de parti unique. Didier Ratsiraka rassemble dans un Front National de Défense de la Révolution (FNDR), la quasi-totalité des formations politiques. Seul le PSM d’André Resampa refuse d’y adhérer et le Monima de Monja Jaona démissionne quelque temps avant les élections de 1982.

En 1978, après deux années de consolidation, Didier Ratsiraka et son gouvernement entament la seconde étape de cette marche vers le socialisme pour se diriger vers le domaine social et éducatif. Mais, Madagascar devait très vite faire face à l’histoire du monde. Alors que la révolution malgache est en marche et que des promesses du livre rouge commencent à se concrétiser après deux ans, la crise économique mondiale due aux chocs pétroliers de 1973 et 1979 aggrave dangereusement les difficultés de l’économie nationale et celle de tous les pays pauvres. Au lieu et place des classiques demandes d’aides, non sans conditions humiliantes pour les demandeurs, Didier Ratsiraka se tourne vers « Un front commun face aux nations nanties ». Madagascar adhère au Mouvement des Non-Alignés et en devient un membre actif. En un inlassable convaincu, Didier Ratsiraka prend son bâton de pèlerin pour rappeler dans tous les forums internationaux que rien au Sud, dans les pays du tiers-monde, ne peut se faire sans dialogue et sans une structure de solidarité. Ceux-là même qui pourraient réveiller les consciences pour faire de cette partie du globe la troisième puissance mondiale. Il plaide pour l’institution des fameux Trois fonds : Un fonds d’aide et de soutien, un fond pour le développement et un fond pour la régulation des prix de production. Didier Ratsiraka est devenu l’un des leaders les plus marquant de l’histoire des Non-Alignés, reconnu aussi bien par Fidel Castro que par Indira Gandhi, Julius Nyerere, l’ancien président algérien Boumedienne, Moammar Kadhafi, que par Samora Machel.

En 1982, il sera élu avec 80,16% des voix, contre Monja Jaona et le Monima (19,84%). Ce nouveau septennat est marqué par la mise en place des écoles primaires dans les Fokontany et la dotation de centre universitaire dans chaque province. En matière de santé, des centres de soins de santé primaires sont implantés dans toute l’île. L’indépendance énergétique est, entre autres, le grand défi de la deuxième République : Construction des barrages de Namorona et d’Andekaleka. Dans sa vision Didier Ratsiraka prévoyait d’autres sources d’énergie, et se posait la question du Nucléaire. Tous les espoirs se portent sur les résultats des différentes recherches qui ont abouti au repérage de quelques gisements miniers et pétroliers (Bemolanga, Tsimiroro, Namorona, les Îles Tromelin et les Îles Éparses). Ces dernières feront longtemps l’objet de plusieurs convoitises d’ordre géopolitique. Sa volonté de ne pas céder sur le volet écologique, la quotité active malgache, tant humaine, que technologique et participative ainsi que ce qui devait revenir à son pays lui a valu les foudres de certains groupes. Et conformément à ses prévisions, ces gisements sont devenus un objet de « business » et de corruptions. Ils seront, d’ailleurs, au centre d’une longue crise entre 2009 et 2013. Selon ses collègues et ses pairs c’est un fin stratège et un visionnaire hors du commun, « …l’histoire a la fâcheuse tendance de lui donner raison… »

Au milieu des années 1980, pris dans tourment politique et économique international, Didier Ratsiraka doit intégrer le système monétaire international avec toutes ses contraintes dont l’ajustement structurel ce qui ne sera pas sans conséquence pour la suite de l’histoire. Le développement du capital social, la mise en œuvre du fihavanana, les différentes activités sociales ont contribué à limiter les dégâts de la restriction budgétaire qui a frappé durement l’éducation, la santé, les conditions de vie des Malgaches… En 1989, Didier Ratsiraka remporte les élections dès le premier tour avec 62,71% des voix contre Manandafy Rakotonirina (19,33 %), Jérôme Marojama Razanabahiny (14,93%) et Monja Jaona (3,03%). En route vers un nouveau septennat, il, est rattrapé par le phénomène général de transition démocratique en Afrique et aussi par l'effondrement du bloc de l'Est, qui stigmatise la démarche de « révolution socialiste ». Ses anciens alliés, ses récents compétiteurs et ses ennemis de toujours constatent que la réussite du régime Ratsiraka et l'imminente transformation de l'essai risque de rendre leur némésis inamovible et décident de profiter de la déferlante qu'entraine la conférence de la Baule pour exiger une conférence nationale, et font descendre les Malgaches dans la rue pour finalement faire fi des récentes élections et exiger le pouvoir. Le 16 juillet, le mouvement « Forces vives », qui regroupe toute l'opposition, décide de créer un gouvernement de transition : le général Jean Rakotoharison et le professeur Albert Zafy sont nommés respectivement président et Premier ministre. Malgré de nombreuses négociations et tractations et malgré l'instauration d'un gouvernement de consensus avec un premier ministre neutre, feu Monsieur Guy Willy Razanamasy qui avait les pleins pouvoirs, les « Forces vives » mouvementent les foules et entraînent près de cent mille personnes aux portes du palais présidentiel. Le seul de 3 candidats malheureux à se ranger du côté de Ratsiraka, feu Monsieur Monja Jaona (le premier à avoir osé l'affronter aux élection en 1982 et à avoir quitté le FNDR) organise la défense du palais avec des guerriers Antandroy armés de lance-pierres; 6 mourront ce jour-là et 8 du côté des manifestants.

Pèlerin de la Paix

Pour sa contribution à toutes les actions visant à la libération des peuples opprimés et à l’instauration d’une paix mondiale durable, le 26 juin 1981, le Président Didier Ratsiraka est décoré de la « médaille d’honneur JOLIOT CURIE », la plus haute distinction au sein du Conseil mondial de la paix. Cette récompense salue ses actions en faveur de la Paix et du désarmement et en particulier pour ses efforts en vue d’une part, de faire de l’Océan Indien une zone de paix, et, d’autre part, de libérer les peuples de l’Afrique Australe du joug de l’apartheid et du colonialisme. Il ne manque jamais, à chaque tribune, depuis sa première allocution à l’ONU le 5 octobre 1972 jusqu’à sa dernière intervention en tant que Chef d’État au sommet de la COMESA au Caire, de défendre la souveraineté et la liberté contre toute forme d’oppression directe ou cachée… La République Démocratique de Madagascar a mis en place de nouvelles structures sociales et économiques, et une politique étrangère, qui n’ont pas été sans susciter des oppositions et des manœuvres tant à l’intérieur qu’à l’étranger.

« Ô tempora ! ô mores ! » c’est le cri d’alarme repris par Didier Ratsiraka face à l’évolution des mœurs sociales, politiques et économiques mondiales, à notre impuissance à résoudre les problèmes politiques internationaux, et à notre incapacité à assurer la sécurité dans le monde. Réélu en 1982, dans ce tourment politique et économique international, Didier Ratsiraka a dû intégrer le système monétaire international avec toutes ses contraintes dont l’ajustement structurel qui n’était pas sans conséquence pour la suite de l’histoire. Réélu pour un nouveau septennat, en 1989, Didier Ratsiraka, est rattrapé par le phénomène général de transition démocratique en Afrique et enfin par l'effondrement du bloc de l'Est, qui stigmatise la démarche de « révolution socialiste ».

Son régime présidentiel prit fin en 1993 lorsqu'il perdit les élections face à Albert Zafy, après une libéralisation initiée dès 1991 où le pouvoir avait été partagé entre les institutions constitutionnelles et une Haute Autorité de l'État apparue par convention entre le pouvoir en place et l'opposition. Didier Ratsiraka, dans le respect de la légalité ne conteste pas les élections truffées d’anomalies et s’incline face à son adversaire et lui adresse un télégramme de félicitations.

L'Amiral a toujours répondu présent à chaque fois que la nation a fait appel à lui. Après un exil en France avec sa famille en 1994, il revient par les urnes en 1997 pour diriger la troisième République de Madagascar. Premier président sorti par les urnes et revenu par les urnes ! Il est à ce jour le seul Président de Madagascar à avoir félicité son adversaire pour sa victoire.

Humanisme écologique et retour au pouvoir

Le professeur Albert Zafy est destitué par l'Assemblée nationale en 1996, suite à des manœuvres politiques au sein de sa majorité. S’installe une transition dirigée par Norbert Lala Ratsirahonana qui est chargé d’organiser des élections anticipées. Didier Ratsiraka est accueilli par des centaines de milliers de personnes à son retour d’exil le 18 septembre 1996 et remporte au second tour les élections présidentielles sous la bannière de l'AREMA, rebaptisée Avant-garde pour la rénovation de Madagascar, contre Albert Zafy et Norbert Ratsirahonana.

Didier Ratsiraka, promeut l’humanisme écologique qui vise un développement durable et harmonieux de la Grande Île, et fait alors amender la Constitution de1992. Le rééquilibrage des pouvoirs est opéré en 1998, tandis que la croissance économique du pays oscille entre 4,3 et 5,1 % par an de 1997 à 2001. Son mandat est celui du retour d'une autorité étatique forte et hiérarchisée, qui procède à une décentralisation poussée en mettant en place les six Provinces autonomes et ramène la stabilité au pays.

Didier Ratsiraka est un visionnaire épris de modernité et toujours à la pointe du progrès, il aime prévoir et faire des plans qui auront un impact et une continuité sur 20-30 ans. Mais son cheval de bataille est et restera toujours, contre vents et marées, l’Unité Nationale. Quelques points forts de sa politique :

Intégration régionale et mondialisation

- Intégration régionale renforcée, et une meilleure exploitation des ressources du Continent à travers la mise en place en place d'une démarche de qualité globale.
- Accords bilatéraux et tous azimuts, augmentation des échanges internationaux, présence au sein des institutions internationales
- La restauration de la crédibilité de l'État tant sur le plan national que sur le plan international. Éligibilité au titre de l’AGOA (politique du travail)

Renforcement des infrastructures

- Modernisation et numérisation du réseau téléphonique, électricité pour tous. Augmentation du Parc de logements Aménagement des plaines de Tananarive, des plaines d’Alaotra, de plusieurs axes routiers, aménagements antiérosifs et augmentation des surfaces en reboisement.
- Dynamisation, augmentation et industrialisation du secteur agroalimentaire.
- Multiplication des d'études d'impacts sur l’environnement.

Respect des institutions

- Mise en place des Institutions de la République
- L’État de droit - Renforcement de l'appareil judiciaire et adaptation des textes, Rapprochement de la Justice des Justiciables.

« Mens sana in corpore sano »

- Amélioration de l'accès de la population à la santé aux services et soins de qualité développement et renforcement des ressources humaines.
- Promotion de la participation communautaire, disponibilité permanente des médicaments à moindres coûts

Accent sur l’éducation

- Universalisation de l'enseignement, développement de l’enseignement professionnel et la recherche scientifique, formation des agents suivant le modèle de développement national et régional.
- Ouverture de centres d’animation et de promotion de la jeunesse, formation et insertion des jeunes grâce à des activités génératrices de revenus.
- Démocratisation et pluralisme des sources d'information, initiation aux Nouvelles Technologies de l'Information. Tous les établissements de formation sont équipés en matériels et équipements adaptés aux conditions de travail.

Approche genre

- Promotion de la condition féminine, protection de l'enfant, promotion socio-économique des personnes handicapées, alphabétisation et éducation des adultes et construction de centres de rencontre et de loisirs pour personnes âgées

Consolider l’indépendance politique par l'indépendance économique

- Réduction de la dette extérieure et du service de la dette, diminution du taux directeur de la banque centrale, privatisation, encouragement du secteur privé à se développer.
- Création d’entreprises franches, mise en place des chambres de métiers et de villages artisanaux
- Mise en valeur de la sauvegarde et de la promotion du patrimoine culturel et artistique

Cependant, aux élections présidentielles de décembre 2001, Ratsiraka est devancé au premier tour par Marc Ravalomanana, un industriel tananarivien Maire de la Capitale, par 46,44 % contre 40,61 % (selon les chiffres du ministère de l'Intérieur). Marc Ravalomanana, un autodidacte protestant, et son camp n'acceptent pas ce résultat officiel, et se créditent d’un score de 53 % avec l’appui de son association politique Tiako'i Madagasikara. Didier Ratsiraka et les autres candidats démentent formellement une victoire au premier tour de Marc Ravalomanana et refusent une confrontation des procès-verbaux falsifiable au profit de la décision de la Haute Cour Constitutionnelle qui invite au deuxième tour des élections.

Faute de second tour à l’élection présidentielle de 2001, qui engendre une grave crise politico-économique, Marc Ravalomanana prête serment de force et s'auto-proclame Président de la République le 22 février 2002. Après une crise de plusieurs mois et malgré plusieurs tentatives d'accords menés à Dakar sous l'égide de l'Union africaine, le camp de Marc Ravalomanana prend finalement le dessus militairement et Didier Ratsiraka quitte le pays le 5 juillet 2002 depuis l'aéroport de Toamasina pour éviter à Madagascar de sombrer dans une guerre civile… La justice de Marc Ravalomanana le fera condamner entre deux voleurs de zébus et par contumace à 10 ans de travaux forcés et 10 millions de francs FMG avec mandat d’arrêt national.

En novembre 2008, il célèbre son anniversaire en privé dans sa résidence parisienne. Le sort de son pays prend le pas sur l’objet de la rencontre où il ne peut se retenir de commenter les pratiques et la politique nationale. Des paroles qui une fois arrivées à Madagascar ont produit le tollé qu’on connaît. S’en suit la chute du régime de Marc Ravalomanana. Il reprend son bâton de pèlerin en 2009 et participe activement aux différentes réunions internationales organisées par le Groupe International de Contact dans la recherche d’une solution à la crise malgache… Une de ses phrases est restée dans les annales : « La dignité que l’on vous confère est une servitude que l’on vous impose ». Il a, entre autres, martelé que Madagascar ne doit pas perdre, à cause de ses politiciens, les financements dont il a besoin pour son développement... Il a fait des mots « pardon » et « réconciliation » des mots avec fondements au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. Après 9 ans et 4 mois, et 3 NOTAM, il foule de nouveau le sol de Madagascar le 24 Novembre 2011. Il décide de rentrer définitivement à Madagascar en avril 2013 pour participer au sommet de la réconciliation nationale initié par le Conseil des Églises Chrétiennes de Madagascar (FFKM). Le 27 avril 2013, il se porte candidat à la prochaine élection présidentielle.

L’homme et la religion

Didier RATSIRAKA est un homme pieux dont la foi est au-dessus de tout. Dans ses interventions publiques, il ne manque jamais de glorifier le créateur, « Zanahary ». Pour lui, il n’y a qu’un seul Dieu. « Na hiodon-kavia ianao, na hiodon-kavanana, Andriamanitra iray ihany ! » (que vous regardiez à gauche ou à droite, il n’y a qu’un seul Dieu) rappelle-t-il souvent avant de s’adresser à son peuple. Invité au Vatican, Didier Ratsiraka avait rencontré le Pape Jean Paul II qu’il convie à une visite historique à Madagascar en 1989.

Sous sa présidence « Laïcité de l’État » n’est pas qu’un vain mot, il est le président de tous les Malgaches et lutte contre la suppression de toute discrimination fondée sur la race ou la religion et l'existence de la propriété privée.

« Ainsi l'homme étant un être social et sociable, les droits de l'individu seront garantis. Les libertés seront assurées et respectées notamment la liberté de religion et de pensée. C'est ce qui le différencie de l'abeille, de la fourmi et de l'animal en général. Il pense, réfléchit, il est doté du libre arbitre mais il vit dans la collectivité et agit dans l'intérêt de celle-ci. » (Didier Ratsiraka - Livre rouge p.41-oct. 1975)

Les analystes politiques, dont Mohammed Bedjaoui, Ancien ministre et ambassadeur algérien, associé de l'Institut de droit international, disent que Didier Ratsiraka a la passion de servir Madagascar, l'Afrique, le tiers-monde, le genre humain... Il a incontestablement doté le peuple malgache d'une identité spécifique et d'une forte personnalité.

Distinctions honorifiques

- Ordre du Mérite Français pour avoir sauvé des naufragés avec son navire quand il était commandant du Mailaka I.
- Citoyen d’honneur de la Nouvelle Orléans (USA)
- Médaille d’honneur JOLIOT CURIE une décoration au rang le plus élevé mondialement au sein du Conseil de paix. (1981)
- Grand Prix Européen De La Culture ou Prix Umberto Blanca Mano, le 5 mars 1998
- Pour l’organisation de l’agrégation de Médecine à Madagascar on lui délivre le titre de Docteur Honoris Causa
- Grand commandeur de l’Ordre National de Madagascar
- Grand-croix de la légion d’honneur Française
- Son épouse quant à elle est Grand-Croix de l’ordre du mérite pour l’ensemble de son œuvre d’implantation de crèches dans tout Madagascar

 

 
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